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Vous avez vécu un choc ? C’est possible de se reconstruire !

Lorsque l’on vit un traumatisme, nous devons réapprendre à faire confiance… ce réapprentissage doit passer par la capacité à se faire confiance.

Quel enjeu après un trauma ?

La personne qui a vécue un traumatisme doit réapprendre à concevoir qu’elle peut agir, se défendre ou se faire défendre.

 

« L’écureuil qui voulait redevenir vivant, se reconstruire après un choc émotionnel », de André Benoit et Lucie Pétrin

André Benoit et Lucie Pétrin, dans leur ouvrage « L’écureuil qui voulait redevenir vivant, se reconstruire après un choc émotionnel », utilisent le conte et la métaphore pour faire prendre conscience au lecteur qu’il détient en lui-même son propre processus de guérison.

Il est connu en psychologie que le conte, en tant qu’allégorie, fait appel au cerveau droit, plus intuitif et plus sensitif, pour orienter le lecteur vers un changement favorable pour lui. Le langage métaphorique est une façon agréable et efficace pour soutenir et favoriser une démarche de transformation durable.

La démarche essentielle en thérapie, lorsque nous avons vécu des traumas, notamment dans notre enfance, est de faire équipe avec notre enfant intérieur.

Le conte relate l’histoire du petit Grandy, un écureuil intelligent et curieux mais aussi très naïf. En raison de son manque de maturité, il était difficile pour Grandy de doser le degré de confiance qu’il pouvait accorder aux autres. Il croyait que les gens étaient soit bons, soit méchants. Logiquement, il se disait que nous n’avons pas à nous méfier des bons et que nous devons surveiller les méchants. Il s’agit d’une vision dichotomique, réductrice et simpliste, qui lui jouera bien des tours. Toutefois, c’était là la seule vision qu’il avait de la vie.

Comme nous tous, les comportements de Grandy étaient guidés par ses croyances. Il était donc parfois trop confiant ou parfois trop inutilement méfiant.

Un jour, Grandy se fit agressé. Il était figé et ne parvenait pas à réagir. Il se senti terriblement seul et sans protection.

Après l’agression, il était surpris de son manque d’émotions, de réactions. C’était comme s’il n’avait rien vécu d’autre que de la douleur. Il était étrangement indifférent à sa propre situation. C’est ce que vivent les personnes ayant vécu un traumatisme : elles sont sidérées !

Rapidement, des angoisses paranoïaques se fient ressentir. Il se demandait si ses agresseurs avaient planifié une fin horrible pour lui ? En effet, sans ses dents (conséquence physique de l’agression) il ne pourrait pas affronter les autres animaux. Et, sans ses griffes il ne pourrait pas fuir en grimpant aux arbres. Il se demandait également si ses agresseurs allaient revenir pour finir leur travail, si ils l’avaient choisi avec soin etc. Les mêmes idées partaient dans tous les sens et revenaient sans cesse.

Le lendemain de l’agression, même lorsqu’on lui parlait, il était perdu dans des rêves éveillés. Des moments de l’événement se rejouaient dans son théâtre intérieur. C’était toujours les mêmes images qui s’imposaient à lui, comme si l’agression était en train d’avoir lieu de nouveau. Parfois, il se revoyait étendu par terre, comme s’il avait été au-dessus de son corps, tandis qu’à d’autres moments il revoyait ses agresseurs le frapper comme s’il était un déchet. Des odeurs, des goûts, des sensations, lui revenaient parfois. Nous parlons ici des réminiscences du traumatisme. Grandy faisait également beaucoup de cauchemars. Le scénario était toujours aussi prévisible : il avait toujours les mêmes sentiments de peur, d’impuissance et de colère.

Il se demandait sans cesse ce qu’il s’était passé. Il ne parvenait pas à donner un sens à l’agression.

Grandy se sentait constamment aux aguets, comme si un danger allait surgir. Au moindre bruit il sursautait. Il étant en hypervigilance, anticipant à la moindre occasion une potentielle agression.

Dans son quotidien, Grandy se sentait davantage atteint par les difficultés, même celles qui étaient sans rapport avec l’agression.

Il était devenu sauvage auprès des autres. Il n’avait plus aucun intérêt. Il n’était plus curieux. Il n’avait plus de projet. Sa mère lui a dit un jour : « Grandy, on ne peut pas rester indéfiniment sans projet de vie, sans qu’un projet de mort se manifeste ».

Depuis l’agression, Grandy avait perdu l’aptitude et la capacité de s’investir dans des projets. Il ne parvenait plus à se projeter dans le temps ni à s’imaginer vivre une vie normale.

Il évitait toutes les situations qui pouvaient le renvoyer à l’agression.

Son entourage était également perturbé.

 

De rencontre en rencontre, Grandy comprit que « lorsque nous ne voulons pas de ce que nous ne pouvons pas fuir, il ne nous reste qu’à déprimer ou à affronter ».

Il appris des techniques pour se relaxer. Il fermait les yeux et plaça son attention sur son cœur et commença à respirer de façon rythmique en ressentant le calme ainsi suscité.

Puis, Grandy pris la décision de faire face à son passé pour pouvoir tourner la page. Il devait admettre qu’il avait été battu et que « l’évitement d’en parler est un évitement de la guérison lorsqu’il a l’effet d’un secret ».

Il prit la décision de commencer un travail thérapeutique dans un groupe de parole et appris le sens de la résilience. Il comprit aussi la nécessité de laisser sortir le surplus d’émotions et de tensions (vous pouvez d’ailleurs faire comme lui et noter vos émotions sur un petit cahier). L’animateur du groupe compara le traumatisme à un « coup de soleil ». Il recommanda fortement à ceux qui étaient là et qui venaient d’en vivre un de « favoriser l’évacuation de ces émotions. Selon lui, la chaleur du coup de soleil, emmagasinée dans la peau, risquait de causer plus de torts si elle continuait à descendre profondément dans la chair et restait longtemps emprisonnée ».

Grandy comprenait aussi peu à peu que la distillation de sa colère, une fois celle-ci décantée, lui apportera le courage dont il avait besoin.

 

Un jour il fit la rencontre d’une araignée qui décida de lui dire ce qu’était son problème : « Les gens autour de toi ne cherchent qu’à te surprotéger, ils t’empêchent d’affronter ta réalité. A un moment donné, tu vas devoir faire face à ta vie. C’est ta vie que tu dilapides. Tu dois t’adapter à ta vie, ce n’est pas la vie qui s’adaptera à toi. Tes trois agresseurs ne t’ont pas réellement tué. Ils ont seulement failli le faire. Concentre-toi sur ce qui aurait pu se passer. C’est toi qui es en train de te tuer toi-même en te stressant. Si tu cherches à te sentir mieux, concentre-toi donc sur ce qui te reste. Tu n’as qu’à tourner la page et à penser à autre chose ; c’est simple. Tu manques de volonté. Tu donnes à ces écureuils le pouvoir de te contrôler. Ils dictent ta conduite. Sors-les de toi. Chasse-les de tes pensées. J’en connais qui ont vécu des choses pires que celle-là et qui s’en sont sortis. Tu as perdu ton âme. Qu’est-ce que tu attends pour partir à sa recherche ? Tu t’accroches à ton traumatisme comme un serpent qui refuserait de quitter sa vieille peau. Tu mets tout sur le dos du traumatisme pour excuser le fait que tu cours un peu partout et que tu ne sais pas sur quoi concentrer tes efforts. Tu joues à la victime en te complaisant dans ton état… »

 

Grandy décida de se prendre davantage en main et dû se dire que le fait que l’agression soit arriver est plus important que le pourquoi c’est arrivé. C’est donc au fait qu’il devait se tenir. Il devait le prendre de façon moins personnelle pour moins avoir mal.

Au cours de son travail intérieur, il observa que les pensées qui lui venaient étaient presque toutes un jugement sur lui-même, sur ses comportements ou sur les autres. Il pris conscience que depuis l’agression il portait davantage de peurs. Il faisait moins confiance aux autres. Il avait tendance à délaisser les situations ou appréhender le fait qu’il n’avait pas le contrôle. Sa perception de lui-même s’assombrissait et il avait tendance à croire à tout ce qu’il se disait de négatif sur lui-même et à voir le positif comme des idées folles.

Il s’apercevait qu’il était coincé par l’extérieur, par le passé, mais qu’il se coinçait également lui-même à l’intérieur de lui, dans le présent, sans savoir encore comment. Il constatait qu’il essayait de tout expliquer sur son vécu pour ne pas ressentir ce même vécu.

 

            L’histoire de Grandy se finie bien, rassurez-vous ! Il continua a profiter de ses moments de relaxation, puis s’aperçut qu’au fur et à mesure de son travail intérieur, « il ressentait, par rapport à lui-même, l’attitude d’accueil et d’acceptation qu’il avait déjà souhaité que les autres aient envers lui ». Le drame avait de moins en moins d’importance pour lui. Il se sentait vivant et conscient de ses ressources intérieures. Il reconnaissait ses qualités, ses compétences et était vibrant de gratitude. Il comprenait le sens de cette phrase : « Il récolterait les fruits de chaque pas qu’il accepterait de faire allant dans le sens d’intégrer son traumatisme à sa structure psychique ».

 

Qu’est-ce qu’un traumatisme ?

Freud (1920), dans son essai « Au-delà du principe de plaisir », explique les aspects dynamiques de sa théorie du trauma en comparant le psychisme à une vésicule vivante en constant remaniement, qui serait protégée par une couche superficielle nommée « pare-excitation », servant à la fois de contenant et de protection à l’appareil psychique, et dont le rôle est de repousser les excitations nuisibles ou de les filtrer en les atténuant pour les rendre acceptables et assimilables. Il définit alors comme traumatiques, les excitations externes, assez fortes pour faire effraction dans le « pare-excitation », et, conçoit l’évènement traumatique comme une expérience suscitant des affects de détresse tels que la frayeur, l’angoisse, la honte, ou la douleur physique, que le sujet ne pourrait pas abréagir. Il écrit à ce propos : « Un évènement comme le traumatisme provoquera à coup sûr une perturbation de grande envergure dans le fonctionnement énergétique de l’organisme et mettra en mouvement tous les moyens de défense. […] Il n’est plus question d’empêcher l’appareil psychique d’être submergé par de grandes sommes d’excitation : c’est bien plutôt une autre tâche qui apparaît : maîtriser l’excitation, lier psychiquement les sommes d’excitation qui ont pénétré par effraction pour les amener ensuite à la liquidation. » Le trauma implique donc des modifications dans le fonctionnement énergétique de l’organisme, et c’est principalement sous l’angle économique que sont envisagées les conséquences du trauma qui instaurent un contre-investissement au profit duquel tous les autres systèmes psychiques s’appauvrissent, entraînant une « paralysie » ou une « diminution » du reste de l’activité psychique. Le trauma est donc la conséquence d’une effraction du pare-excitation, et la cause du traumatisme n’est pas due à la violence mécanique du choc, mais « à l’effroi et au sentiment d’une menace vitale » où le système psychique n’a pu être préparé par une « angoisse signale » que Freud décrit dans « Inhibition, symptôme et angoisse » (1926).

Pour Ferenczi (2006), c’est le « choc » qui fait état de « traumatisme ». Il est caractérisé par « l’imprévu, l’inexplorable, l’incalculable », et est équivalent à  « l’anéantissement du sentiment de soi, de la capacité de résister, d’agir et de penser en vue de défendre le soi propre ». L’homme est fait d’organes différenciés et, dans les moments de choc face auxquels le psychisme n’est pas à la hauteur, ou quand ces organes sont détruits avec violence, il se peut que « les organes qui assurent la préservation du soi abandonnent, ou du moins réduisent, leurs fonctions à l’extrême », et que « des forces psychiques très primitives s’éveillent ». Ces dernières vont alors tenter de maîtriser la situation.

 

 

 

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admin • 6 octobre 2015


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