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Retrouver son désir sexuel après la grossesse

Les troubles du désir chez la femme sont le motif de bons nombres de consultations. Vous l’avez peut être déjà vécu dans votre vie de couple. Le couple traverse diverses périodes : de la fusion et de la passion des premiers temps, il ne reste bien souvent qu’un quotidien, des habitudes et peu de temps pour se donner l’un l’autre. Les troubles du désir chez la femme vont venir s’interpréter différemment, suivant les femmes d’abord, puis suivant le moment où il advient.

Nous parlons aujourd’hui des troubles du désir du post-partum, donc se situant après l’accouchement (et par définition, après la grossesse… cette remarque a toute son importance… je me doute que vous situiez l’accouchement en suite de grossesse).

Les femmes ayant un trouble du désir situent régulièrement l’apparition de leur difficulté après une grossesse (peu importe que ce soit la première grossesse où la huitième, pour les plus courageuses).

Ces troubles ont plusieurs degrés, que ce soit en terme de qualité du rapport, de baisse de fréquence ou d’absence d’intimité (souvenons nous que la sexualité ne se limite pas à la simple pénétration).

Nous percevons le scénario, la femme n’a plus de désir et/ou plaisir, elle trouve des excuses (les fameux maux de tête ? Qui sont finalement bien des maux de tête si nous jugeons que l’inconscient se situe dans la tête), n’initie pas l’acte ou refuse l’acte… L’homme ne comprend pas, il se sent frustré et non aimé… viennent ensuite les conflits de couple…

Cette perte de désir a inévitablement des répercutions sur la sexualité du couple, mais aussi sur la capacité à aimer l’autre ou soi-même. Et, si la dimension relationnelle avec le compagnon est essentielle, la dimension intrapsychique de la femme prime.

Souvenons nous de la grossesse (ou « imaginons » pour les messieurs et les non encore mère). Etat de volupté, pleine d’amour… enfin, surtout pleine ! Corps changeant que nous pouvons à peine reconnaître au fil des mois. Disons le clairement, l’ensemble de notre corps change ! L’ensemble ! Les hanches s’élargissent, le nid se fait. Les kilos s’accumulent, pas toujours flatteurs… Période de grâce absolue (enfin, surtout grasse)… Bref, vous vous souvenez (ou imaginez), n’en rajoutons pas (mais concluons tout de même qu’il s’agit d’une épreuve incroyablement belle afin de ne pas dissuader certaines de nos lectrices).

Les transformations lors d’une grossesse sont évidemment physiques. Ce que vous deviniez (mais que vous saurez à présent) c’est que ces remaniements sont aussi psychologiques : « La faute aux hormones ! »

Aaaah… les hormones ! Oui… mais pas que !

 

Alors Docteur, d’où vient mon trouble du désir ?

 

Je vous le disais en début d’article, ce trouble dépend :

  1. De la femme que vous êtes : le symptôme, comme tout symptôme, est pris dans une histoire, votre histoire ! Mais il est aussi pris dans l’histoire de vos parents, grands-parents et ainsi de suite. La manière dont vous vous êtes construite jusqu’à présent a un impact important sur votre maternité d’aujourd’hui. Vont venir se jouer sur la scène de votre parentalité l’ensemble de vos états antérieurs. Vos « fixations » ou « traumas » vont refaire surface. Vos modes de relations antérieurs (à vos parents, frères, sœurs…) vont prendre une place importante dans la façon que vous aurez de traverser cette épreuve. Aussi, votre personnalité, ainsi que « vos mécanismes de défense » (sorte de stratagèmes mis en place par votre inconscient pour vous aider à ne pas trop souffrir) auront là toute leur importance. La perturbation du désir sexuel vient prendre sens dans une histoire de femme, une histoire de mère et une histoire de couple. Mais pourquoi particulièrement en ce moment ? Et bien parce qu’il y a ce petit point « 2 », juste en dessous :
  2. De la période que vous traversez : l’après accouchement (qui se situe juste après la grossesse…).

Les remaniements psychologiques liés à la grossesse et à l’accouchement sont normaux. Toutes les femmes sont traversées par les « phénomènes » que nous allons aborder. Mais parfois, ils s’inscrivent sur du long terme, ce qui peut venir creuser un symptôme.

Que se passe-t-il en moi (notez dans « mon inconscient ») lorsque je suis enceinte ?

 

La période de grossesse crée dans l’inconscient féminin quelque chose que les femmes ne savent pas apprécier à leur juste valeur (mais dont moi je raffole en tant que psy) : LA TRANSPARENCE PSYCHIQUE.

Quèsaco ?

Ce terme, de Bydlowski (pour votre culture) sous entend un fonctionnement psychique particulier chez la femme enceinte en cela qu’il est marqué par :

  • un abaissement des défenses et résistances habituelles : imaginez l’inconscient comme un champ de bataille. Vous savez à quel point il est important d’être nombreux et d’avoir plein d’armes pour se défendre (si si, souvenez vous dans Game of thrones, leur but à tous est de trouver des alliés pour tous se battre ensemble, parce que plus on est armé plus on a de chance de gagner). Et bien là, si l’inconscient de la femme enceinte est un champ de bataille, l’armé serait un peu moins pourvue qu’à l’habitude.
  • une sensibilité exacerbée,
  • une plasticité accrue des représentations mentales: les liens inconscients (typiquement le travail que nous pouvons faire en thérapie) sont beaucoup plus aisés et rapides.
  • et donc, un état de conscience modifié (un peu comme dans l’hypnose).

Tout ceci permettant l’émergence de souvenirs refoulés (jusqu’à celui de sa propre condition de bébé).

C’est certain, je vous ai perdu !

Reprenons : la transparence psychique signifie que la barrière de protection (qui sert à maintenir toutes ces choses que vous ne voulez pas vous remémorer dans l’inconscient) est davantage perméable. L’inconscient fait moins bien son boulot : comme bébé, il se la coule douce pendant que vous vous en bavez. Le résultat : les éléments refoulés émergent, (vous prenez conscience de plein de choses et cela vous déstabilise). En dehors de la grossesse, l’ensemble de ses souvenirs, désirs, angoisses ou questionnements qui refont surface, serait encore soumis à la censure et balancé dans l’inconscient. La transparence psychique continue son travail également un peu après l’accouchement.

N’est-ce pas tout à fait délicieux ?

 

La transparence psychique introduit un autre phénomène tout aussi « sympathique » dont les jeunes enfants raffolent : LA PRÉOCCUPATION MATERNELLE PRIMAIRE.

Ce terme de Winnicott signifie un état psychologique particulier faisant suite à la grossesse et qui permet à la mère de capter les signaux de son nouveau-né par son attention extrême et son hypersensibilité. Il est donc indispensable, vous vous en doutez bien. Oui, mais jusqu’à un certain point ! Cela signifie que, pour la « sécurité » de l’enfant, l’investissement psychique de la femme s’est massivement tourné vers son bébé. Elle a pour condition l’identification de la mère au bébé. Dans cet état particulier, et pour le bien être physique et psychologique du bébé, ils ne font plus qu’un.

 

Nota bene : Pour la petite histoire tout de même, nous notons que Bydlowski parle de la transparence psychique comme un phénomène qui caractérise généralement les psychotiques, mais qui est tout à fait ordinaire chez la femme enceinte. Aussi, Winnicott parle de la préoccupation maternelle primaire comme une « maladie normale » qui affecte la femme après son accouchement… Pardonnons alors à nos femmes d’être quelque peu désorientées en période périnatale (autour de la grossesse).

 

Vous commencez à comprendre, j’en suis certaine !

Comment la femme pourrait-elle faire une place au désir sexuel tout en étant préoccupée par son passé d’une part, et par son bébé d’autre part ?

Je vous sens perplexe. Ne le soyez pas ! Il existe des solutions !

 

Les solutions s’il vous plaît ?

 

Pour que le désir sexuel revienne il faut :

  1. Prendre conscience des éléments apportés précédemment : la transparence psychique a-t-elle réveillé des choses trop douloureuses de votre histoire ? N’êtes-vous pas dans la répétition d’éléments passés ? Osez affronter les éléments inconscients qui ont refait surface et qui vous bloquent aujourd’hui. Demandez de l’aide si cela est trop massif et la souffrance trop profonde. Si non, parlez en au moins à votre mari et/ou votre entourage. Autorisez vous aussi à en parler à votre enfant. Cela peut paraître bizarre, n’empêche que cela peut vous aider l’un et l’autre !
  2. Après avoir pris conscience des éléments soulevés par la transparence psychique, prenez la comme une force qui vous permet de mieux vous connaître et d’éviter des répétitions de vie chez votre enfant.
  3. Ensuite, pour que le désir sexuel revienne, il faut que l’enfant soit investi comme étant extérieur à la mère (mère, « dé-fusionnez »-vous !). Ce point est essentiel pour vous, afin que vous puissiez vous reconnaître de nouveau en tant que femme ; mais aussi pour votre enfant, afin qu’il s’autorise l’accession à l’autonomie.
  4. Souriez, vous êtes une femme belle et épanouie (en tout cas vous y aspirez) !
  5. Parlez de votre trouble du désir avec Chéri: c’est important qu’il sache et qu’il saisisse ce que vous traversez. Il doit comprendre que c’est aussi à lui de vous redonner envie en vous offrant plusieurs attentions bienveillantes au quotidien.
  6. Enfin, pratiquez !

 

 

 

 

 

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admin • 22 septembre 2015


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Comments

  1. Victorine Gendron 8 avril 2016 - 16 h 31 min Reply

    Hello, bravo pour votre article très plaisant! Je suis attiré par ce theme. Grâce à votre blog que je viens découvrir, je vais en apprendre davantage. Amicalement.

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